Hello !
Merci pour tous vos gentils messages, et de votre attention.
Ce billet sera consacré à cette maladie qu’on appelle la « dépression », maladie « polymorphe », me semble-t-il, tant elle peut être
« masquée » (tiens, comme les sectes ??), en ce sens qu’elle peut engendrer divers comportements, et de ce fait parfois passer inaperçu de l’entourage, d’autant plus que trop souvent
niée par la personne malade, parce que traînent encore derrière elle des « relents » de faiblesse de caractère, à la limite même du « elle le fait exprès », elle ne veut pas
s‘en sortir.
Précision: je veux parler de la dépression, la vraie, celle qui ne se répand pas en lamentations, qui ne s’en prend pas à la terre entière,
culpabilisant l’entourage pour se faire prendre en charge…
Non je parle de celle qui se « terre », qui se cache, qui se rabat sur une dépendance parce qu’elle a honte de ce qu’elle vit, souvent
parce qu’elle ne comprend pas ce qu‘il lui arrive, parce qu’elle est partagée entre le désir désespéré de s’en sortir, et l’envie d’en finir avec tant de souffrances qui font plonger dans un
puits sans fond.
J’ai toujours du mal à évoquer ce sujet sans en avoir les larmes aux yeux et le cœur serré, pour y être passée, hélas, pendant plusieurs années… Lesquelles faisant
suite à plusieurs années de tension nerveuse, de surmenage, de manque de sommeil, de souffrances intérieures qui n’ont pas pu (notamment par non conscience par rapport à certaines, enterrées dans
ce qu‘on nomme « l‘inconscient »), ou alors pas su s’exprimer.
Quand j’étais ambulancière, il y a une trentaine d’années, nous transportions souvent des « malades mentaux », du centre hospitalier vers d’autres unités,
ou pour faire des examens: « E.E.G. », par exemple (« électroencéphalogramme).
A l’époque, l’ignorance et la méconnaissance de la dépression (y compris par certains membres du corps médical) faisaient que les dépressifs étaient
regardés, sinon avec mépris, au moins avec commisération.
Et côté public, les « psy », c’était pour les fous, d’ailleurs on disait d’eux qu’ils étaient plus fous que ceux qu’ils soignaient.
J’ai le souvenir d’une pauvre jeune femme (qui a sombré à la suite d’une fausse couche), qui marchait comme un zombie, absente (parfois elle chantonnait),
« ensuquée », « à l’Ouest », et que nous transportions régulièrement.
Même si certains de mes collègues l’aimaient bien, cela ne les empêchait pas de mimer sa démarche…
Une dépressive, ils s’autorisaient à la considérer avec condescendance, eux qui buvaient comme des trous à longueur de journée, ils pouvaient se moquer.
L’hôpital qui se fouettait de la « Charité »: dépendance aux médicaments contre dépendance à l’alcool…
Les 2 états avaient une même racine, pourtant. Sauf que eux, ils « tenaient l’alcool ». Cela ne se voyait pas trop, à part quand on
passait la journée à leurs côtés et qu’on comptait les verres et bouteilles.
J’a souvent prié le ciel, quand j’étais passagère d’ambulance conduite par l’un d’eux.
J’ai le souvenir d’un jour où nous étions garés près d’un lampadaire, (qui se voyait comme une maison, à l’arrière), mais qu’un de ces collègues a renversé en
reculant… Il ne l’avait pas vu !
Dieu merci, il n’est pas tombé sur l’ambulance, mais au sol, sans autre dégât que d’être plié en 2.
J’ai démissionné de mon poste à la suite d’un accident, lasse de me battre pour repousser les avances de mon patron, lequel ne me le pardonnait pas, usée jusqu’à la
corde par la fatigue, le stress (je travaillais 220 à 230 heures par mois pour le SMIC + 100 F, soit un 10ème de SMIC).
Cette situation s’ajoutait à la période de mon divorce, laquelle faisait suite à des années de vie moralement difficile.
Et ce fut ce qu’on nomme maintenant le « burn out »: 10 kilos perdus en 1 mois dès que j’ai arrêté mon travail.
Je me suis retrouvée pendant plusieurs années à être comme les malades que nous transportions: dépendante des médicaments prescrits (jusqu‘à 7, 3
fois par jour), dont je ne peux encore savoir s’ils ont contribué à me guérir, pendant toutes ces années, ou s’ils m’ont au contraire précipitée dans l’abîme.
En ai-je entendu, durant cette période, des mots et phrases qui démolissent en pensant bien faire, et qui plongent encore plus dans la honte, la culpabilité d’en
être là, la peur, le dégoût, la mauvaise image de soi, et l’idée de la mort qui soulagerait de tant de souffrances, puisque ces fichus médicaments n’étaient capables ni de me guérir, ni de me
tuer, sauf peut-être à petit feu.
Quand je n’en pouvais plus d’entendre les « conseils » maladroits parce que désespérés de me voir dans cet état, je hurlais que je
préférais mourir d’un cancer, au moins je saurais de quoi je crevais. Il faut préciser que l’anorexie avait pris le dessus.
Anorexie dont mon père a contribué à me guérir, de façon totalement inespérée, un jour où ils m’ont rendu visite, avec ma mère.
Quand je leur ai ouvert la porte, j’ai vu son visage se décomposer, il l’a détourné pour cacher ses larmes, en me jetant:
« Tu as vu dans quel état tu es ? »
C’est-ce jour là, avec ces paroles « électrochocs », que j’ai commencé à remonter la pente.
Ce jour là mon père avait peur pour moi, il a pleuré pour moi…
Il m’a fallu encore des mois pour me sevrer des médicaments, pour remonter la pente cahin-caha, pour me retrouver moi-même, mais c’est-ce jour là que quelque chose
a commencé à renaître, comme un bourgeon timide au printemps.
Alors j’ai voulu comprendre ce qu’il m’était arrivé, ce que j’avais vécu, avant tout pour éviter que cela ne recommence, pour ne plus jamais revivre et faire
revivre ce cauchemar, et parce que je sentais bien que cela n’avait rien à voir avec une quelconque force de caractère, et j’ai commencé à lire tout ce qui traitait du sujet, tout ce qui
démontait les thèses ignorantes du manque de volonté, du manque de courage, etc., qui font confondre fragilité et faiblesse.
D’abord, surtout, grâce aux lumières de mes chers inspirateurs célestes, j’ai pu peu à peu me libérer des « casseroles » de mon vécu, dont je vous parle
depuis près de 5 ans.
Mais la science progresse sur le sujet. Beaucoup d’autres pistes ont été avancées: l’excès de fer, les métaux lourds, la mauvaise alimentation, le stress chronique,
la piste génétique, les microbes et/ou virus, etc.
« Coïncidence », il y a quelques jours, mon compagnon a acheté la revue
« Science et Vie » n° 1133 de février 2012, qui fait sa une sur:
« La faute aux microbes » - « Les maladies du cerveau auraient une origine infectieuse »
En voici un court extrait (sur 18 pages):
« De banals microbes à l’origine de pathologies aussi mystérieuses que l’autisme, l’Alzheimer, la dépression… L’idée peut choquer. Pourtant les
preuves s’accumulent, révélant que les « maladies de l’âme » pourraient cacher de vulgaires infections. De quoi espérer une formidable révolution thérapeutique. Car les microbes,
l’homme sait les combattre ».
Voilà, oui, formidable espoir pour ce monde où il ne fait pas bon être fragile, malade, différent.
Merci de m’avoir lue,
Bonne journée à tous et toutes.